Guide pour Investir en Bourse en Algérie
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Guide pour Investir en Bourse en Algérie

12 novembre 202515 min de lecture22 vues

Introduction à la Bourse d'Alger et comment commencer à investir intelligemment.

Guide Complet pour Investir en Bourse en Algérie (2025)

Guide pour Investir en Bourse en Algérie : Construire son Portefeuille sur le Marché Algérien


De la SGBV aux premiers dividendes - tout ce qu'il faut savoir pour investir intelligemment sur la Bourse d'Alger


La Bourse d'Alger : État des Lieux 2025


Historique et Structure du Marché


La SGBV (Société de Gestion de la Bourse des Valeurs) a été créée en 1993, mais le véritable démarrage opérationnel date de 1999. Plus de 25 ans après, le marché reste embryonnaire : 46 sociétés cotées en novembre 2025 (vs 40 entreprises du CAC 40 en France, 500 du S&P 500 aux USA). La capitalisation totale oscille autour de 150-180 milliards DA (environ 1,1-1,3 milliard USD) - microscopique comparée aux 2 000 milliards d'euros d'Euronext Paris. Volume quotidien : souvent moins de 10 millions DA certains jours, parfois zéro transaction sur certaines valeurs. Cette illiquidité est le défi majeur. Le marché est divisé en compartiments : marché principal (grandes capitalisations), marché PME (petites et moyennes entreprises), marché obligataire (dette publique et privée - quasi inexistant en pratique). Les heures de cotation : séance unique 10h-12h30 du dimanche au jeudi (système de fixing - un seul cours par jour établi à la clôture, pas de cotation continue comme NYSE ou Paris). La COSOB (Commission d'Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse) régule le marché - équivalent de l'AMF française ou SEC américaine.


Pourquoi un Marché si Petit ? Explications Structurelles


Plusieurs facteurs expliquent l'étroitesse du marché algérien. Culture d'entreprise familiale : les grandes fortunes algériennes (import-export, industrie, distribution) sont familiales et refusent de diluer le capital en s'introduisant en bourse. Méfiance historique : les années 90 (terrorisme, crise économique) ont traumatisé une génération, beaucoup préfèrent l'immobilier et l'or "tangibles" aux actions "virtuelles". Manque d'éducation financière : 95% de la population ne comprend pas les mécanismes boursiers, les banques ne proposent pas massivement ces produits à leurs clients. Fiscalité peu attractive : impôts sur les dividendes (10% IRG), plus-values taxées, alors que l'immobilier et l'or échappent largement à la fiscalité. Secteur public dominant : les grandes entreprises (Sonatrach, Sonelgaz, Air Algérie) sont publiques et non cotées - seulement les filiales de certaines se sont introduites. Alternative du crédit bancaire : les entreprises obtiennent plus facilement des prêts bancaires (taux 3-6%) que de lever des fonds en bourse. Perspectives : l'État pousse timidement les introductions (projet de coter partiellement Sonatrach depuis 15 ans, toujours reporté), mais progrès lents.


Les Secteurs Représentés et Principales Valeurs


Banques et finance : BNA (Banque Nationale d'Algérie), BEA (Banque Extérieure d'Algérie), CNEP (Caisse Nationale d'Épargne et de Prévoyance), Trust Bank Algeria, Banque AGB, Société Générale Algérie. Les bancaires dominent la capitalisation (40-50% du marché total). Assurances : CAAR (Compagnie Algérienne d'Assurance et de Réassurance), SAA (Société Nationale d'Assurance), Alliance Assurances, CASH Assurances, GAM Assurances. Agroalimentaire : NCA Rouiba (jus de fruits, boissons - valeur star du marché, rendement dividende excellent), Biopharm (médicaments génériques), Saidal (pharmaceutique public), Groupe Gourari (lait, fromage). Distribution et services : Numidus (grande distribution), Aurassi Hôtel (hôtellerie Alger), EGH El Aurassi. Industrie : Dahli (électroménager), SAMHA (immobilier), Elsecom (services pétroliers), ETRHB Haddad (BTP). Télécoms : ATM Mobilis (filiale Algérie Télécom cotée). La diversification sectorielle est limitée : pas de tech pure, pas de e-commerce coté, pas de secteur énergies renouvelables développé. Les valeurs les plus liquides et actives : NCA Rouiba, Alliance Assurances, BNA, Biopharm. Les poids lourds en capitalisation : les banques publiques (BNA, BEA, CNEP).


Ouvrir un Compte-Titres : Démarches Pratiques


Qui Peut Investir ? Conditions d'Éligibilité


Toute personne physique majeure résidant en Algérie peut ouvrir un compte-titres. Les Algériens de la diaspora (avec adresse en Algérie et compte bancaire algérien) peuvent théoriquement investir mais complications pratiques fréquentes. Les personnes morales (sociétés, associations) peuvent également investir via compte-titres entreprise. Capital minimum : aucun minimum légal mais en pratique il faut minimum 500 000 DA pour commencer sérieusement (acheter un lot décent d'actions, absorber les frais). Idéalement : 1-2 millions DA de capital de départ pour diversifier sur 4-5 valeurs. Les investisseurs étrangers peuvent investir mais processus complexe (autorisation Banque d'Algérie, rapatriement dividendes compliqué) - marché très peu attractif pour eux actuellement.


Choisir son Intermédiaire en Opérations de Bourse (IOB)


Impossible d'acheter des actions directement - obligation de passer par un IOB agréé COSOB. Les principaux acteurs : BNP Paribas El Djazair (filiale BNP Paribas, professionnalisme élevé, plateforme digitale correcte, conseillers formés), Société Générale Algérie (services similaires, clientèle haut de gamme), SIM Bourse (Société d'Intermédiation et de Gestion - spécialiste bourse, expertise pointue), InterCapital Algérie (IOB indépendant, focus investisseurs actifs), FINALEP (bras bourse de groupes industriels). Critères de choix : proximité géographique (agences à Alger principalement, quelques-unes Oran/Constantine), qualité du service conseil (certains IOB poussent des valeurs spécifiques - vigilance), interface digitale (certains permettent ordres en ligne, d'autres seulement par téléphone/agence), structure de frais (négociable selon volumes), recherche et analyses (certains IOB publient analyses sectorielles gratuites pour clients). La réalité : 80% des comptes-titres sont chez les filiales de banques françaises (BNP, SG) car confiance supérieure.


Documents Requis et Procédure d'Ouverture


Dossier à fournir : pièce d'identité nationale (CNI recto-verso), justificatif de domicile récent (-3 mois : facture SONELGAZ, Algérie Télécom, quittance loyer), RIB (Relevé d'Identité Bancaire) du compte bancaire qui servira aux mouvements (alimentation compte-titres, réception dividendes), photos d'identité (2 exemplaires), formulaire d'ouverture signé (fourni par IOB). Délai de traitement : 7-15 jours ouvrables selon réactivité de l'IOB. Le compte-titres est gratuit à l'ouverture généralement, mais frais de tenue de compte annuels : 2 000-5 000 DA selon IOB. Fonctionnement : le compte-titres est un compte "conservateur" où sont stockées vos actions (dématérialisées via COSOB Algérie Clearing), distinct de votre compte bancaire. Pour acheter : virement du compte bancaire → compte-titres → passage ordre d'achat → actions créditées si exécuté. Pour vendre : ordre de vente → si exécuté, produit crédité sur compte-titres → virement vers compte bancaire sur demande (délai 2-5 jours). Minimum d'investissement par ordre : généralement 50 000-100 000 DA (selon cours de l'action et lot minimum).


Structure de Frais : Ce Que Ça Coûte Vraiment


Les frais grugent les petits portefeuilles - comprendre la structure est crucial. Courtage (commission IOB) : 0,3-0,6% du montant de la transaction à l'achat ET à la vente (négociable selon volumes). Exemple : achat 500 000 DA d'acti 500-3 000 DA de frais. Taxe sur opérations de bourse : 0,06% (fixe, non négociable). Droits de garde : 0,5-1% annuel de la valeur du portefeuille (prélevé trimestriellement ou annuellement par l'IOB). TVA sur services : 19% sur les commissions (oui, on paie la TVA sur les frais de courtage). Calcul total transaction : pour un achat de 500 000 DA avec courtage 0,5%, taxe 0,06%, TVA 19% = frais 500 000 × (0,5% + 0,06%) × 1,19 = 3 332 DA aller, idem au retour = 6 664 DA aller-retour soit 1,33% du capital investi. Impact : ces frais pénalisent le trading court terme (acheter-vendre fréquemment = érosion rapide du capital), favorisent investissement long terme (acheter et c frais une seule fois). Comparaison internationale : frais algériens 2-3x supérieurs aux courtiers en ligne européens (Degiro, Trade Republic 0,1-0,2%), mais normaux pour marché émergent peu liquide.


Analyser les Actions Algériennes : Méthodologie


Où Trouver l'Information Financière ?


Le défi majeur de la bourse algérienne : information publique limitée et souvent datée. Sources officielles : site SGBV (www.sgbv.dz) : cotations quotidiennes, communiqués des sociétés, rapports annuels (quand publiés), site COSOB : réglementations, sanctions, listes IOB agréés. Publications sociétés : les sociétés cotées doivent publier rapports annuels et semestriels, mais délais importants (rapport 2024 souvent publié mi/fin 2025), qualité variable (certains rapports très succincts). Presse économique : quotidiens El Watan Économie, Le Quotidien d'Oran (pages éco), hebdomadaire Tout sur l'Algérie (TSA) section économie, Maghreb Émergent (site spécialisé). Les IOB : analyses sectorielles occasionnelles, notes sur valeurs spécifiques (réservées clients souvent). Réseaux informels : groupes Facebook/Telegram d'investisseurs algériens (prendre avec recul, beaucoup de spéculation et peu d'analyse fondamentale), forums économiques. Le problème : contrairement aux marchés développés (Bloomberg, Reuters, analyses d'analystes professionnels), l'Algérie manque cruellement d'infrastructure informationnelle. L'investisseur doit faire son propre travail de recherche approfondie.


Analyse Fondamentale : Les Ratios Clés


Malgré données limitées, certains ratios sont calculables et essentiels. PER (Price Earnings Ratio - cours/bénéfice) : ratio le plus utilisé, mesure combien vous payez pour 1 DA de bénéfice. Calcul : cours de l'action ÷ bénéfice net par action. Exemple : action à 1 000 DA, bénéfice par action 80 DA = PER 12,5. Interprétation : PER 8-12 = valeur raisonnable/sous-évaluée, PER 15-20 = correcte si croissance forte, PER 25+ = potentiellement surévaluée. Moyenne marché algérien : PER 10-15 (inférieur aux marchés développés PER 15-25, signe de sous-évaluation générale ou de risque perçu élevé). Rendement du dividende : dividende annuel par action ÷ cours × 100. Exemple : action 1 200 DA verse dividende 80 DA = rendement 6,67%. Benchmark : rendement 4-6% = attractif (supérieur aux livrets bancaires 2-3%), rendement 8-10%+ = excellent (attention à vérifier pérennité). Certaines valeurs algériennes (NCA Rouiba, Alliance Assurances) offrent rendements 7-9% régulièrement. ROE (Return On Equity) : bénéfice net ÷ capitaux propres × 100, mesure rentabilité pour l'actionnaire. ROE 15%+ = excellente rentabilité, ROE 8-12% = correcte. Dette/Capitaux propres : endettement ÷ capitaux propres, mesure levier financier. Ratio <0,5 = peu endetté (sain), ratio >1,5 = fortement endetté (risque). Croissance du CA et bénéfices : comparer évolution sur 3-5 ans, rechercher croissance stable 8-15% annuel (signe de santé).


Analyse Technique : Limitée mais Utilisable


L'analyse technique (étude des graphiques de cours) est moins pertinente sur un marché illiquide avec un seul fixing quotidien. Néanmoins : supports et résistances : identifier niveaux psychologiques où le cours rebondit (support) ou bloque (résistance). Exemple : NCA Rouiba oscille entre 450-550 DA depuis 2 ans, 450 = support fort, 550 = résistance. Moyennes mobiles : MM50 (moyenne 50 jours), MM200 (moyenne 200 jours) pour identifier tendance générale. Cours au-dessus MM200 = tendance haussière long terme. Volumes : analyser volumes quotidiens (en DA et nombre de titres échangés), volume anormalement élevé + hausse cours = signal achat potentiel, volume élevé + baisse = signal vente. MACD, RSI, Bollinger : indicateurs avancés peu fiables sur marché à faible liquidité (trop de "bruit"). L'approche pragmatique : utiliser analyse technique uniquement pour timing d'entrée/sortie (acheter au support, vendre à la résistance), privilégier massivement analyse fondamentale pour sélection des valeurs. Un conseil d'or : sur un marché embryonnaire comme l'Algérie, la fondamentale (qualité entreprise, dividendes, valorisation) bat la technique 9 fois sur 10.


Les Valeurs à Suivre Absolument


NCA Rouiba : leader boissons (jus Rouiba, Tchina), CA 12+ milliards DA, marges excellentes, dividende régulier 7-9%, management familial solide. Forces : marque forte, distribution nationale, investissements continus. Faiblesses : concurrence imports, dépendance matières premières importées. Cours typique : 450-550 DA. Biopharm : médicaments génériques, bénéficiaire croissance démographie + dépenses santé. Dividende correct 5-6%, PER attractif 10-12. Cours : 800-1 000 DA. Alliance Assurances : assurance IARD (automobile surtout), croissance parc automobile algérien = CA croissant, dividende élevé 8-10%, valorisation raisonnable. Cours : 350-450 DA. BNA (Banque Nationale d'Algérie) : banque publique, leader crédits entreprises, dividende 4-5%, liquidité correcte. Cours : 280-350 DA. Numidus : grande distribution (supermarchés), exposition consommation des ménages, croissance classe moyenne. Volatilité élevée, dividende irrégulier. Cours : 600-800 DA. ATM Mobilis : filiale Algérie Télécom, télécoms mobile, marché saturé mais cash-flow stable, dividende 5-6%. Cours : 1 200-1 500 DA. Les secteurs porteurs : banques (bénéficient de la bancarisation croissante), assurances (parc automobile +8-10%/an), agroalimentaire (démographie dynamique), pharmacie (dépenses santé croissantes). Secteurs à éviter : industrie lourde (surcapacités, concurrence imports), BTP (dépendance budgets publics volatils).


Stratégies d'Investissement Adaptées au Marché Algérien


L'Investissement en Dividendes : Stratégie Reine


Sur un marché peu liquide avec peu de volatilité, les dividendes deviennent le moteur principal du rendement. Principe : acheter des actions de sociétés versant dividendes réguliers et élevés, réinvestir les dividendes pour effet boule de neige. Sélection : cibler rendement 6-10%, vérifier historique paiement (dividende payé régulièrement 5+ dernières années), analyser ratio de distribution (dividendes ÷ bénéfices, idéalement 40-70% - ni trop faible ni trop élevé), privilégier secteurs stables (banques, assurances, agroalimentaire établi). Portefeuille type dividendes algérien : 40% NCA Rouiba (rendement 8%, stabilité), 30% Alliance Assurances (rendement 9%, croissance), 20% BNA (rendement 5%, sécurité bancaire), 10% Biopharm (rendement 6%, diversification pharmacie). Rendement annuel attendu : 7-8% en dividendes + appréciation potentielle capital 3-5% = 10-13% total annuel. Comparaison : CCP rapporte 0,5%, livret bancaire 2-3%, immobilier locatif 4-6% brut - la bourse bien gérée offre meilleur rendement. Fiscalité : dividendes taxés 10% IRG à la source (retenue automatique), net reçu = 90% du dividende brut. Exemple : dividende 100 DA/action, vous recevez 90 DA net. Réinvestissement : utiliser les dividendes reçus pour racheter des actions (même valeur ou diversifier) - effet cumulatif puissant sur 10-20 ans.


Le Buy & Hold Long Terme : Patience Récompensée


Acheter des entreprises de qualité et les conserver 5-10-15 ans minimum. Principe Warren Buffett adapté à l'Algérie : identifier 5-10 excellentes sociétés (leadership sectoriel, management compétent, bilans solides, perspectives croissance), acheter progressivement (éviter timing parfait impossible), conserver malgré fluctuations court terme, encaisser dividendes annuels, ne vendre que si fondamentaux se dégradent sérieusement. Avantages : frais minimisés (acheter une fois, pas de trading fréquent), stress réduit (pas de surveillance quotidienne), puissance des intérêts composés (dividendes réinvestis 15 ans = croissance exponentielle), fiscalité optimale (plus-values réalisées après 5 ans bénéficient d'abattements). Inconvénients : capital immobilisé longtemps (liquidité faible marché algérien aggrave ça), risque de baisse durable si mauvais choix initial, ennui (certains investisseurs ont besoin d'action). Profil type : épargnant 35-50 ans avec horizon 10-20 ans avant retraite, capital 2-5 millions DA à investir progressivement, tempérament patient et rationnel. Performance attendue : 8-12% annuel composé (dividendes + appréciation) sur 10+ ans - transforme 2 millions DA en 5-6 millions DA en 15 ans sans rien faire après achat initial.


Le Trading Court Terme : Possible Mais Piégeux


Acheter-vendre fréquemment pour profiter des fluctuations - tentant mais dangereux sur marché algérien. Principe : identifier valeur sous-évaluée, acheter, attendre rebond 5-15%, revendre, répéter. Réalité brutale : liquidité insuffisante (certains jours impossible de vendre même si vous voulez), spreads bid-ask larges (écart achat-vente peut atteindre 5-10% sur valeurs peu liquides), frais qui tuent (1,3% aller-retour = il faut +1,5% juste pour breakeven), fiscalité (plus-values court terme taxées plein tarif), stress et temps (surveillance quotidienne nécessaire). Exemple chiffré : achat 500 000 DA, frais 6 650 DA, vente à +8% = 540 000 DA, frais 7 182 DA, net final 526 168 DA, gain net 26 168 DA soit +5,2% (vs +8% brut). Il faut +1,5% juste pour couvrir les frais aller-retour. Sur 10 trades dans l'année avec 8% moyen par trade : théorique +80% brut, réel +50-55% net (frais mangent 30-35% des gains). Conclusion : le day trading à l'américaine est quasi impossible sur SGBV, le swing trading (garder 2-4 semaines) marginalement viable pour experts avec capital 5+ millions DA, le moyen terme (3-12 mois) plus raisonnable. Conseil : sauf expertise avérée et capital conséquent, oubliez le trading court terme sur la Bourse d'Alger.


Diversification et Allocation d'Actifs


Ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier - règle universelle valable en Algérie. Diversification sectorielle : 4-5 secteurs différents minimum (banque, assurance, agroalimentaire, pharmacie, distribution), éviter surconcentration (max 30% du portefeuille sur une seule valeur). Diversification temporelle : investir progressivement sur 6-12 mois (DCA - Dollar Cost Averaging), acheter 200 000 DA par mois pendant 10 mois plutôt que 2 millions d'un coup, réduit le risque d'acheter au plus haut. Allocation globale patrimoine : la bourse ne doit représenter que 15-30% du patrimoine total pour un investisseur moyen. Répartition intelligente : 50% immobilier (résidence + investissement locatif éventuel), 20% épargne liquide (CCP, livrets - sécurité), 15% bourse (croissance et dividendes), 10% or physique (refuge), 5% autres (business, cryptos si appétence risque). Rééquilibrage annuel : une fois par an, revenir à l'allocation cible (si bourse a explosé et passe de 15% à 25%, vendre une partie et renforcer autres classes). Cette discipline empêche surexposition à un actif qui a trop monté.


Risques Spécifiques et Comment les Gérer


Le Risque de Liquidité : Principal Ennemi


Vous pouvez posséder des actions valant théoriquement 2 millions DA mais incapable de les vendre rapidement. Manifestation : jours sans aucune transaction sur votre valeur, écart énorme entre cours acheteur et cours vendeur (bid 400 DA, ask 440 DA sur même valeur = spread 10%), impossibilité de vendre bloc important sans faire chuter le cours. Exemple réel : vous voulez vendre 5 000 actions à 500 DA = 2,5 millions DA, mais volume quotidien moyen sur cette valeur = 1 million DA, il faudra 3-5 jours minimum pour liquider la position, et votre vente elle-même peut faire baisser le cours à 480 DA. Gestion : privilégier valeurs les plus liquides (NCA Rouiba, Alliance Assurances, BNA, Biopharm), accepter de conserver long terme (ne pas investir argent dont vous aurez besoin sous 3-5 ans), vendre progressivement si besoin (ordres étalés sur plusieurs jours/semaines), passer ordres "au marché" plutôt qu'à cours limité (augmente chances d'exécution). Ne JAMAIS investir en bourse votre fonds d'urgence - réservé pour épargne liquide (CCP/livrets).


Le Risque Économique et Politique


L'économie algérienne dépend à 95% des hydrocarbures - une chute durable du pétrole impacte tout. Manifestations : récession éc CA entreprises = baisse bénéfices = baisse cours + dividendes, dévaluation dinar = inflation importée = marges compressées pour entreprises importatrices, restrictions importati matières premières = arrêts production. Risque politique : instabilité gouvernementale (changements fréquents), nouvelles réglementations imprévisibles (restrictions de change, contrôles prix, nationalisations théoriques), grèves et tensions sociales. Exemple historique : chute pétrole 2014-2016 (110$/baril → 30$/baril) = bourse algérienne -20%, dividendes réduits, ralentissement économique. Gestion : diversifier hors bourse aussi (immobilier, or, devises légales), privilégier secteurs résilients (agroalimentaire de base, pharmacie essentielle, banques avec fonds propres solides), suivre actualité macro-économique (prix pétrole, réserves de change, inflation), ne pas surinvestir (max 20-25% patrimoine en actions). Accepter que la bourse algérienne ne sera jamais un marché mature et stable - volatilité et incertitudes font partie du jeu.


Le Risque de Gouvernance et d'Information


Transparence limitée des entreprises cotées - vous ne savez jamais vraiment tout. Problèmes : rapports financiers souvent laconiques (détails insuffisants sur segments, marges, projets), délais de publication (comptes 2024 publiés parfois fin 2025), gouvernance familiale (dirigeants souvent issus de famille fondatrice, peu de contre-pouvoirs), conflits d'intérêts potentiels (transactions avec parties liées, rémunérations non divulguées), absence d'analystes indépendants (pas de notation Moody's/S&P, pas d'études sectorielles approfondies). Exemples de red flags : dividende brutalement réduit sans explication claire, changement brutal de management, communiqués évasifs lors de résultats décevants, opérations corporate obscures (augmentation capital diluante, cessions d'actifs sous-évaluées). Gestion : faire due diligence approfondie avant achat (lire 3-5 derniers rapports annuels, analyser évolution bilans), privilégier entreprises avec historique long et régulier, diversifier pour diluer risque d'une pomme pourrie, accepter un certain niveau d'opacité (c'est l'Algérie, pas Wall Street), développer réseau d'investisseurs pour partager infos et analyses.


Le Risque Psychologique : Votre Pire Ennemi


95% des investisseurs particuliers perdent de l'argent à cause d'erreurs comportementales, pas par manque de connaissances techniques. Pièges psychologiques : FOMO (Fear Of Missing Out) - acheter parce que "tout le monde parle de cette action", panique lors de baisse (-10% en une semaine, vente panique au plus bas), overconfidence (quelques gains de chance = sentiment d'invincibilité = prises de risques excessives), biais de confirmation (chercher seulement infos qui confirment votre thèse, ignorer signaux contradictoires), aversion à la perte (conserver action en perte -30% en espérant revenir au prix d'achat plutôt qu'admettre erreur et couper), effet de disposition (vendre gagnants trop tôt +15%, garder perdants trop longtemps -40%). Gestion : établir plan d'investissement écrit AVANT d'acheter (objectifs, horizon temps, critères de vente), respecter le plan même quand émotions disent contraire, tenir journal d'investissement (noter raisons achat, sentiments, résultats - identifier patterns d'erreurs), investir uniquement sommes dont perte ne ruine pas votre vie (dormir tranquille test ultime), accepter les pertes (30-40% des trades seront perdants même pour pros - c'est normal), ne JAMAIS emprunter pour investir en bourse (levier = amplificateur de pertes catastrophiques). Le temps et la discipline battent le génie à court terme.


Fiscalité des Revenus Boursiers


Taxation des Dividendes


Les dividendes sont soumis à l'IRG (Impôt sur le Revenu Global) au taux de 10% prélevé à la source. Fonctionnement : la société verse dividende brut 100 DA/action, retenue à la source 10 DA, vous recevez 90 DA net sur votre compte-titres. Ce prélèvement est libératoire (vous n'avez rien à déclarer ni payer en plus). Calcul : portefeuille de 2 millions DA avec rendement dividende moyen 7% = 140 000 DA dividendes bruts annuels, IRG 14 000 DA, net perçu 126 000 DA. Comparaison : intérêts livrets bancaires taxés 10% aussi, loyers immobiliers théoriquement taxables (IRG 7-15% selon tranches) mais largement non déclarés. Pas d'optimisation possible : le prélèvement est automatique et obligatoire. Conseil : intégrer dans calculs de rentabilité - rendement affiché 8% = rendement réel net 7,2%.


Taxation des Plus-Values


Plus-values mobilières (gains à la revente d'actions) taxées selon barème IRG progressif MAIS avec abattements selon durée détention. Durée 0-1 an : plus-value taxée 100% selon barème IRG (jusqu'à 35%), durée 1-3 ans : abattement 25% (75% de la plus-value taxée), durée 3-5 ans : abattement 50% (50% taxée), durée 5+ ans : abattement 70% (30% taxée). Exemple : achat 1 million DA, revente 1,4 million DA après 4 ans = plus-value 400 000 DA, abattement 50% = base imposable 200 000 DA, IRG selon tranche (supposons 30%) = impôt 60 000 DA, gain net d'impôt 340 000 DA. Déclaration : vous devez déclarer plus-values dans déclaration IRG annuelle (série G), l'IOB ne prélève rien automatiquement (contrairement aux dividendes). Réalité : beaucoup d'investisseurs "oublient" de déclarer, contrôles fiscaux rares sur petits portefeuilles, mais risque juridique existe. Stratégie : privilégier détention longue (5+ ans) pour maximiser abattement, vendre progressivement (étaler gains sur plusieurs années fiscales pour rester dans tranches basses), compenser gains et pertes (vendre perdantes pour réduire base imposable si vous avez des gagnantes).


Droits de Succession


Actions font partie de l'actif successoral - transmissibles aux héritiers en cas de décès. Valorisation : valeur au jour du décès (dernier cours coté), droits de succession applicables selon lien de parenté et montant. Conjoint/enfants : exonérations partielles, frais réduits, parents éloignés : taxation progressive jusqu'à 35-50%. Transmission compte-titres : processus administratif lourd (certificat héréditaire, notaire, accord tous héritiers, transfert titres vers comptes héritiers ou vente et partage cash). Délai : 6-18 mois entre décès et liquidation succession incluant portefeuille boursier. Stratégie anticipation : donation de vivant (fiscalité avantageuse, garde usufruit si besoin revenus), assurance-vie en complément (hors succession jusqu'à certains montants, mais marché assurance-vie développé limité en Algérie), testament clair (désigner bénéficiaires, éviter conflits). Les actions algériennes restent en Algérie (pas de fuite de capitaux), mais blocage liquidités pendant succession peut être problématique pour héritiers.


Construire son Premier Portefeuille : Guide Pas-à-Pas


Étape 1 : Définir Objectifs et Capital (Mois 1)


Avant d'investir un centime, clarifier : objectif (croissance capital pour projet dans 10 ans ? revenus complémentaires immédiats via dividendes ? épargne retraite horizon 20+ ans ?), capital disponible (combien je peux investir SANS impacter vie quotidienne ni fonds d'urgence ?), horizon temps (3-5 ans minimum recommandé, idéalement 10+ ans), tolérance au risque (je peux psychologiquement supporter -20-30% sans vendre panique ?). Exemple : capital 1,5 million DA, objectif revenus complémentaires + croissance modérée, horizon 7-10 ans, tolérance risque moyenne. Formation : lire 2-3 livres investissement (L'Investisseur Intelligent de Graham, En Bourse de Peter Lynch adaptés contexte algérien), suivre actualité SGBV pendant 2-3 mois avant acheter (comprendre rythme, volatilités, valeurs actives), ouvrir compte-titres et laisser "mûrir" 1-2 mois (résister tentation d'acheter immédiatement).


Étape 2 : Sélectionner 4-6 Valeurs Solides (Mois 2-3)


Analyse approfondie : lire rapports annuels 3 dernières années de 10-15 valeurs différentes, calculer PER, rendement dividende, ROE pour chacune, comparer évolutions CA et bénéfices, identifier 4-6 valeurs combinant : valorisation raisonnable (PER <15), dividende attractif (rendement 5-8%+), secteurs diversifiés, liquidité acceptable, historique solide (5+ ans cotation). Exemple de portefeuille débutant 1,5 million DA : 400K DA (27%) NCA Rouiba - agroalimentaire, dividende 8%, leader marché, 350K DA (23%) Alliance Assurances - assurance, dividende 9%, croissance automobile, 300K DA (20%) BNA - bancaire, sécurité, dividende 5%, 250K DA (17%) Biopharm - pharmacie, croissance démographique, dividende 6%, 200K DA (13%) Numidus - distribution, exposition consommation, croissance. Total investi : 1,5 million DA répartis sur 5 secteurs, rendement dividende moyen pondéré 7,2%, soit 108K DA dividendes annuels attendus.


Étape 3 : Investir Progressivement (Mois 3-9)


Ne JAMAIS investir d'un coup - étaler sur 6 mois minimum. Approche DCA (Dollar Cost Averaging) : investir montant fixe chaque mois (250K DA/mois pendant 6 mois pour investir 1,5M total), acheter selon allocation cible (premiers mois prioriser valeurs les plus solides), ajuster selon cours (si une valeur cible a fortement monté, réduire allocation, si fortement baissé, augmenter). Timing : éviter achats dans euphorie (valeur +20% en 2 semaines = attendre correction), privilégier achats lors de baisses injustifiées (-15% sur bon résultat = opportunité), ne pas chercher timing parfait (impossible de prédire le bottom absolu). Discipline : respecter planning mensuel même si envie d'accélérer ou peur de ralentir, noter prix d'achat et raison dans journal, ne PAS regarder compte quotidiennement (vérification hebdomadaire suffit largement).


Étape 4 : Gérer et Optimiser (Années 1-10+)


Suivi trimestriel : analyser publications résultats sociétés (comparés aux trimestres précédents), vérifier dividendes versés comme prévu, réévaluer allocations (si une valeur passe de 20% à 35% portefeuille = éventuellement vendre une partie). Réinvestissement dividendes : chaque trimestre, utiliser dividendes reçus pour renforcer positions (acheter davantage meilleures valeurs) ou équilibrer portefeuille. Critères de vente : fondamentaux dégradés durablement (CA en baisse 3 trimestres consécutifs, management incompétent identifié, secteur en déclin structurel), meilleure opportunité identifiée (vendre moins performante pour acheter très sous-évaluée), atteinte objectif (valeur doublé, prendre profits partiels). Erreurs à éviter : vendre sur petite baisse -10-15% (volatilité normale), acheter sur rumeur/conseil non vérifié, surinvestir une valeur (max 30% portefeuille), négliger diversification sectorielle, s'endetter pour investir plus, vérifier compte quotidiennement (stress inutile). Patience récompensée : un portefeuille bien construit rapporte 8-12% annuel composé sur 10 ans = doublement capital, dividendes réinvestis = triplement possible sur 15 ans.


Au-Delà de la SGBV : Perspectives d'Évolution


Réformes Attendues et Modernisation


L'État et la COSOB travaillent sur plusieurs chantiers : introduction partielles de grandes entreprises publiques (Sonatrach filiales, Sonelgaz distribution, Air Algérie théorique mais improbable), simplification procédures (ouverture compte-titres digitale 100%, ordres en ligne généralisés), cotation continue (abandonner le fixing unique quotidien pour cotation en temps réel 10h-16h), market makers (institutions chargées d'assurer liquidité permanente sur valeurs), produits dérivés (options, futures - lointain mais évoqué). Incitations fiscales : exonérations IRG plus-values pour détention 10+ ans (projet), abattements dividendes pour petits portefeuilles <500K DA (discussion), PEA algérien (Plan Épargne Actions avec avantages fiscaux - inspiration française). Digitalisation : app mobile SGBV pour suivre cours temps réel, alertes, ordres mobiles (en développement 2025-2026), blockchain pour certificats actions (sécurisation, traçabilité). Timeframe réaliste : réformes majeures 2026-2030, transformation complète 10-15 ans minimum. L'Algérie suit trajectoire des bourses émergentes avec 20-30 ans de retard.


Comparer avec les Bourses Régionales


Bourse de Casablanca (Maroc) : 75+ sociétés cotées, capitalisation 50+ milliards USD (40x l'Algérie), liquidité élevée, investisseurs étrangers 25-30%, secteurs diversifiés (banques, télécoms, mines, immobilier, industrie), indices MASI/MADEX suivis internationalement. Bourse de Tunis : 80+ sociétés, capitalisation 15 milliards USD, marché plus mature qu'Algérie mais moins que Maroc, souffre instabilité politique post-2011. Bourse d'Égypte : 220+ sociétés, capitalisation 30+ milliards USD, marché volatil mais profond, grandes capitalisations (Orascom, Commercial International Bank). L'Algérie : dernière de classe par capitalisation et liquidité, potentiel énorme (pays 44 millions habitants, économie 200+ milliards USD PIB) largement inexploité. Attraits comparatifs Algérie : valorisations plus faibles (sous-évaluation générale), rendements dividendes supérieurs (7-10% vs 3-5% Casablanca), potentiel rattrapage si réformes accélèrent. Faiblesses : liquidité dramatique, information limitée, instabilité réglementaire, accès difficile étrangers. Pour investisseur maghrébin : diversifier sur les 3 bourses (Alger valeur/dividendes, Casablanca liquidité/croissance, Tunis opportunisme) serait idéal mais complexe pratiquement.


Conclusion : Un Marché Difficile Mais Pas Impossible


Investir en bourse en Algérie en 2025 n'est pas pour tout le monde. Si vous cherchez l'excitation du day trading, la liquidité instantanée, les apps sexy avec graphiques en temps réel - passez votre chemin. Si vous rêvez de doubler votre capital en 6 mois - oubliez. Mais si vous avez la patience d'un marathonien, la discipline d'un moine, la curiosité d'un analyste et un horizon de 5-10-15 ans, alors la Bourse d'Alger offre des opportunités réelles. Des entreprises solides, rentables, sous-évaluées, versant des dividendes confortables existent. NCA Rouiba, Alliance Assurances, Biopharm ne sont pas des startups spéculatives - ce sont des business établis qui génèrent du cash. Un portefeuille bien construit peut raisonnablement viser 8-12% annuel (dividendes + appréciation), bien supérieur aux 0,5% du CCP ou aux 2-3% des livrets. Sur 15 ans avec réinvestissement des dividendes, c'est la différence entre transformer 2 millions DA en 4 millions (placements classiques) ou 7-8 millions (bourse disciplinée). Le marché s'améliore lentement - plus de transparence, plus d'investisseurs éduqués, plus de sociétés qui comprennent l'intérêt d'être coté. Dans 10 ans, la SGBV ne ressemblera peut-être plus au marché artisanal actuel. Ceux qui investissent aujourd'hui avec intelligence seront les pionniers récompensés. Mais soyez lucide : la route sera cahoteuse, la liquidité restera problématique des années, les informations resteront parcellaires. Il faut accepter ces contraintes comme prix du potentiel de rendement. Mon conseil final : commencez petit (500K-1M DA), apprenez en faisant, privilégiez qualité sur quantité (5 excellentes valeurs plutôt que 15 médiocres), pensez dividendes avant plus-values, gardez horizon long, dormez tranquille. La bourse algérienne n'est ni un casino ni une mine d'or. C'est un outil de construction patrimoniale long terme pour investisseurs patients et disciplinés. Êtes-vous de ceux-là ? Si oui, bienvenue sur la SGBV. Si non, restez sur l'immobilier et les livrets - pas de honte à ça.


Article mis à jour : Novembre 2025 | Guide investissement Bourse d'Alger