
Découvrez les nouvelles directives d'importation en Algérie pour 2026. Tout ce que les importateurs doivent savoir pour rester conformes et optimisés.
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En l'espace de moins de quatre semaines — du 26 avril au 19 mai 2026 — la Banque d'Algérie a publié trois instructions consécutives qui ont fondamentalement reconfiguré les règles du commerce extérieur algérien. Trois textes. Trois coups de vis. Une logique unique derrière tout ça : refermer les vannes des devises avant que la situation ne devienne incontrôlable.
Si vous importez des marchandises en Algérie — peu importe votre secteur, peu importe votre taille, que vous soyez industriel, commerçant, grossiste ou détaillant — votre façon de travailler vient de changer. Pas dans six mois. Maintenant. Depuis le 14 mai 2026, toute marchandise expédiée par votre fournisseur étranger sans que votre banque algérienne n'ait préalablement enregistré l'opération est considérée comme une infraction à la réglementation des changes. Les conséquences peuvent aller du blocage de la marchandise au port jusqu'aux sanctions pénales pour violation du droit des changes.
Ce guide vous explique l'ensemble du dispositif réglementaire en vigueur au 20 mai 2026, depuis les origines macroéconomiques de ces mesures jusqu'aux implications pratiques pour chaque catégorie d'importateur. Ce n'est pas un résumé des communiqués officiels — c'est une analyse opérationnelle de ce que vous devez faire concrètement pour continuer à importer légalement.
Pour comprendre la brutalité de ce resserrement réglementaire, il faut regarder les chiffres que l'État algérien ne met pas en première page de ses communiqués mais que les institutions financières internationales documentent rigoureusement.
Les réserves de change algériennes — le matelas de devises que le pays utilise pour payer ses importations et honorer ses engagements extérieurs — ont connu une érosion spectaculaire. Elles atteignaient 144 milliards de dollars en 2014. Elles sont tombées à 67,8 milliards fin 2024 selon le FMI. Et selon les données CEIC compilées par les économistes algériens indépendants, elles auraient atteint 47,1 milliards de dollars à fin octobre 2025 — soit une chute de plus de 20 milliards en dix mois.
La trajectoire fait froid dans le dos. Le rapport Article IV 2025 du FMI, qui est le document de référence mondial sur la santé financière d'un pays, avertit explicitement que sans réformes structurelles profondes, les réserves officielles pourraient tomber à 18,6 milliards de dollars d'ici 2030 — soit trois mois d'importations seulement, contre quatorze en 2024. Trois mois de couverture, c'est le seuil d'alerte rouge internationale, celui qui précède les crises de change.
Les chiffres du commerce extérieur expliquent cette hémorragie. Sur le premier semestre 2025, la balance des paiements affiche un déficit global de 7,5 milliards de dollars. Le compte courant, lui, accuse un déficit encore plus prononcé : 10,5 milliards de dollars sur la même période. Pendant ce temps, les importations de biens bondissent de près de 25 % entre le premier semestre 2024 et le premier semestre 2025. Et les exportations reculent de plus de 8 %.
Ce déséquilibre a une explication structurelle que les économistes algériens indépendants répètent depuis des années : 85 % des matières premières et équipements utilisés par les entreprises algériennes sont importés en devises. Le taux d'intégration industrielle locale n'est que de 15 %. Autrement dit, même la croissance industrielle que l'État stimule activement génère davantage de sorties de devises qu'elle n'en économise — du moins à court terme, tant que la production locale ne s'est pas substituée significativement aux importations.
Face à cette réalité, le gouverneur de la Banque d'Algérie, Mohamed Lamine Lebbou, et la directrice générale des changes, Loulou Fatma Zohra, ont actionné tous les leviers réglementaires disponibles. Ce que vous lisez depuis fin avril 2026, c'est le résultat de cette décision.
Un cadre dirigeant d'une banque publique algérienne, cité par Maghreb Émergent sous couvert d'anonymat, a été direct : ces directives font "partie de la panoplie visant à limiter les importations et gérer les réserves de change". La forme est prudentielle. L'objectif est macroéconomique. La distinction est importante pour comprendre la durée probable de ces mesures : elles ne seront pas levées tant que les réserves de change ne seront pas stabilisées.
Un détail révélateur du rapport de force entre les institutions algériennes mérite d'être mentionné, parce qu'il éclaire la nature de ces mesures et leur caractère potentiellement durable.
En novembre 2025, lors de l'examen du projet de loi de finances 2026 à l'Assemblée populaire nationale, la Commission des finances et du budget avait recommandé la suppression de l'article 157 du PLF 2026 — l'article qui visait précisément à élargir les pouvoirs de la Banque d'Algérie sur la domiciliation des importations. Les députés avaient qualifié la réforme de "prématurée" et estimé que le cadre réglementaire bancaire et portuaire n'avait pas suivi. Ils demandaient une étude d'impact et une concertation préalable avec les opérateurs économiques.
L'article a été retiré du texte législatif. Mais la Banque d'Algérie a contourné ce verrou parlementaire en passant par voie d'instruction réglementaire — un instrument qui relève de sa compétence propre et ne nécessite pas de vote du Parlement. Le résultat est identique à ce que l'article 157 visait, mais sans le débat législatif que les élus avaient réclamé.
Ce contournement a provoqué des critiques dans les milieux patronaux. Slim Othmani, entrepreneur et figure respectée du patronat privé formel, a formulé la critique la plus lucide : "Le véritable enjeu n'est pas le contrôle pour le contrôle, mais la capacité à construire des mécanismes intelligents conciliant traçabilité, efficacité et rapidité d'exécution. Une économie moderne ne peut fonctionner durablement sous le poids permanent de la suspicion administrative."
Voici les trois instructions de la Banque d'Algérie publiées entre le 26 avril et le 19 mai 2026, dans l'ordre chronologique, avec leurs dispositions exactes.
Ce premier texte, signé par le gouverneur Mohamed Lamine Lebbou, modifie et complète l'instruction n°02-2015 du 22 juillet 2015. Il s'applique depuis le 1er mai 2026.
La mesure : le niveau des engagements extérieurs par signature des banques et établissements financiers est désormais limité à 50 % de leurs fonds propres réglementaires. Avant cette instruction, le plafond était à 100 % — il a été divisé par deux d'un trait de plume.
Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Les engagements extérieurs par signature, ce sont tous les instruments de financement du commerce international que les banques émettent sans décaissement immédiat : crédits documentaires (Credoc/LC), cautions, avals, garanties bancaires. Une banque algérienne disposant de 100 milliards de dinars de fonds propres pouvait, avant le 1er mai, porter jusqu'à 100 milliards d'engagements extérieurs par signature. Depuis le 1er mai, son plafond est tombé à 50 milliards.
L'impact direct : les importateurs qui finançaient leurs achats à l'étranger via des lettres de crédit (LC) et qui avaient négocié des délais de paiement avec leurs fournisseurs — un mécanisme classique de gestion de trésorerie — se retrouvent dans une situation où leur banque peut légitimement refuser d'émettre de nouvelles garanties. Non pas parce que l'importateur est insolvable, mais parce que la banque elle-même a atteint son plafond d'engagements autorisé.
C'est le texte le plus impactant des trois. Signé par la directrice générale des changes Loulou Fatma Zohra, cette note est prise en application de l'alinéa 3 de l'article 29, modifié et complété, du règlement n°07-01 du 3 février 2007 relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l'étranger et aux comptes devises. Elle est entrée en vigueur le jour même de sa signature : le 14 mai 2026.
Le texte exact de la disposition centrale : "Toute opération d'importation de biens est désormais subordonnée à une domiciliation bancaire préalable, et ce avant toute expédition des marchandises par le fournisseur étranger."
La disposition de blocage : "Aucune domiciliation bancaire ne pourra être acceptée lorsque l'expédition effective des marchandises est intervenue antérieurement à la date de domiciliation, sauf cas exceptionnels dûment justifiés et expressément autorisés conformément à la réglementation en vigueur."
La clause transitoire : les marchandises ayant déjà fait l'objet d'une expédition vers le territoire douanier algérien avant la date de signature de la note ne sont pas soumises à cette nouvelle obligation. La date figurant sur le titre de transport (Bill of Lading, Airway Bill, CMR) fait foi.
Les obligations des banques : les établissements bancaires sont désormais tenus de contrôler systématiquement : les dates figurant sur les factures commerciales ; les titres de transport (Bill of Lading, Airway Bill, CMR) ; toute pièce permettant de confirmer la date effective d'expédition des marchandises. Toute incohérence entre la date de domiciliation et la date d'expédition bloque l'opération. La note précise : "Toute infraction à ces règles sera considérée comme une violation de la législation et de la réglementation des changes."
Les trois objectifs officiellement déclarés par la Banque d'Algérie pour justifier cette mesure : renforcer le dispositif de lutte contre les pratiques frauduleuses et les transferts irréguliers de capitaux ; assurer un suivi préalable des engagements extérieurs liés aux importations ; améliorer la maîtrise statistique et prudentielle des opérations d'importation.
Publiée cinq jours seulement après la note du 14 mai, cette instruction — signée par le gouverneur Lebbou — cible spécifiquement les importateurs pour la revente en l'état (les commerçants grossistes et détaillants qui importent des produits finis pour les revendre sans transformation). Elle s'applique en vertu de l'article 42 du règlement n°07-01 du 3 février 2007.
Cinq règles nouvelles s'imposent désormais à tout importateur-revendeur :
Cette instruction du 19 mai 2026 est techniquement la plus contraignante des trois pour les importateurs-revendeurs. Elle introduit pour la première fois en Algérie une corrélation explicite entre la capacité financière de l'importateur (ses fonds propres) et son droit à importer. Un commerçant sous-capitalisé avec des capitaux propres faibles ne peut plus importer autant qu'il voulait — même s'il trouvait des fournisseurs prêts à lui vendre et une banque prête à financer.
Pour bien comprendre les mesures de mai 2026, il faut revenir à leur précurseur direct : la note ABEF n°492/DG/2025 du 9 juillet 2025, qui avait déjà introduit une contrainte majeure que beaucoup d'opérateurs ne maîtrisent pas encore correctement aujourd'hui.
Depuis juillet 2025, toute opération de domiciliation bancaire — qu'il s'agisse d'une pré-domiciliation, d'une domiciliation classique ou d'une ouverture de lettre de crédit — exige la présentation préalable d'un Programme Prévisionnel d'Importation (PPI), dûment validé par les services du Ministère compétent, puis transmis au Ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations.
Ce document est obligatoire pour deux catégories d'opérations : les importations destinées aux besoins propres de fonctionnement et/ou d'équipement ; et, avec des modalités légèrement différentes, les importations pour la revente en l'état. Il doit mentionner les positions tarifaires (codes SH) des produits à importer, les quantités prévisionnelles et les valeurs estimées.
La procédure de validation du PPI est en deux étapes : validation par les services du Ministère sectoriel compétent (Industrie pour les équipements, Commerce pour les produits de revente, etc.), puis transmission électronique aux services du Ministère du Commerce extérieur. Sans ce visa, aucune banque ne peut initier une domiciliation. L'ABEF a confirmé le 4 janvier 2026 la prolongation jusqu'au 30 juin 2026 de l'autorisation exceptionnelle permettant aux banques de domicilier les factures incluant le fret — une mesure dérogatoire qui allège légèrement la charge documentaire sur ce point spécifique.
Ces mesures n'impactent pas tout le monde de la même façon. Voici l'analyse par profil.
C'est le profil le moins pénalisé par le nouveau dispositif — à condition d'être enregistré à l'AAPI. Pour un industriel avec attestation AAPI, les équipements entrent en franchise de droits de douane et de TVA. La nouvelle obligation de domiciliation avant expédition s'applique, mais elle était déjà théoriquement en vigueur — la note du 14 mai l'a rendue incontournable pour tout le monde.
L'impact réel pour les industriels : l'allongement des délais d'approvisionnement. Avant, certains industriels lançaient les expéditions puis domiciliaient — une pratique de gain de temps dans un monde commercial où les fournisseurs ont leurs propres calendriers de production. Maintenant, il faut compter entre 2 et 6 semaines supplémentaires pour le PPI et la domiciliation bancaire avant de pouvoir demander à un fournisseur d'expédier. Sur une chaîne d'approvisionnement internationale, ce délai peut casser des programmes de production.
La contrainte de l'instruction n°03-26 (plafond des engagements à 50 %) peut en revanche bloquer concrètement certains industriels qui utilisaient massivement des lettres de crédit avec délai. Si leur banque habituelle a atteint son plafond d'engagement, elle peut refuser d'émettre de nouvelles LC — même pour un client solvable avec un bon historique. La solution : anticiper, travailler avec plusieurs banques, et garder des relations diversifiées.
C'est le profil le plus directement visé par l'instruction n°05-2026. Un grossiste qui importe pour revendre en l'état doit maintenant justifier d'une surface financière proportionnelle à son volume d'importation. Le plafond d'encours à 100 % des fonds propres est contraignant pour les grossistes à fort volume et faible capitalisation — un profil courant dans le tissu commercial algérien où des entreprises gèrent des volumes de dizaines de millions de dollars avec des capitaux propres très limités.
La règle de l'actif net ≥ capital social va aussi bloquer des entreprises qui ont accumulé des pertes et dont les fonds propres sont entamés. Avant, une société techniquement en situation difficile pouvait continuer à importer tant que sa banque acceptait de financer. Maintenant, la banque est tenue de refuser.
Pour les grossistes sérieux bien capitalisés, l'impact est gérable : plus de paperasse, des délais plus longs, mais les opérations continuent. Pour les grossistes sous-capitalisés qui fonctionnaient à flux tendu avec du crédit bancaire, la situation devient compliquée.
Pour une PME qui importait des quantités modestes, le changement principal est l'obligation du PPI et la domiciliation avant expédition. L'impact sur les délais peut être disproportionné par rapport au volume de l'opération : faire valider un PPI auprès du Ministère pour importer 200 000 DA de marchandise, c'est une contrainte administrative significative.
L'ABEF a maintenu depuis début 2026 une dérogation pour les importations de faible montant — en dessous de certains seuils (généralement autour de 100 000 DA FOB par transaction), certaines facilités restent en vigueur. Renseignez-vous auprès de votre banque sur les seuils exacts en vigueur au moment de votre opération, car ces tolérances évoluent régulièrement par notes circulaires.
La note ABEF n°471/DG/2025 du 9 juillet 2025 avait déjà changé les règles pour ce profil. Depuis, toute importation de services — prestations informatiques, conseils juridiques, études techniques, formations, licences de logiciels, droits d'auteur et brevets — nécessite d'abord une autorisation préalable du Ministère du Commerce extérieur avant toute domiciliation bancaire. Les banques ne peuvent plus initier le processus de paiement sans ce document administratif. Une étape supplémentaire obligatoire qui peut prendre plusieurs semaines.
Voici le processus exact, dans l'ordre chronologique, qui s'applique depuis le 19 mai 2026 pour toute importation de biens en Algérie :
Temps total à prévoir entre la décision d'importer et l'autorisation d'expédition : minimum 3 à 6 semaines. Intégrez ce délai dans vos négociations avec vos fournisseurs, vos prévisions de trésorerie, et vos engagements envers vos clients. Un fournisseur qui vous annonce une livraison en 30 jours depuis l'Asie n'a pas intégré vos contraintes administratives algériennes — c'est à vous de les gérer.
La note du 14 mai impose aux banques de contrôler systématiquement une liste précise de documents. Voici ce qu'elles examineront désormais avec une rigueur renforcée :
Une seule date incohérente dans ces documents — un Bill of Lading daté avant votre domiciliation, une facture commerciale qui ne correspond pas à ce qui est déclaré — et l'opération est bloquée. La banque ne peut pas régulariser. La Banque d'Algérie l'a dit explicitement : "toute infraction constitue une violation de la législation et de la réglementation des changes".
Pour comprendre ces textes dans leur profondeur, il faut savoir ce qu'ils ciblent concrètement. La Banque d'Algérie ne les a pas publiés par excès de zèle bureaucratique. Elle ferme des failles réelles qui saignaient les réserves de change depuis des années.
Le mécanisme classique : un importateur et son fournisseur étranger s'accordent sur un prix réel de, disons, 100 000 dollars. Mais la facture officielle présentée à la banque algérienne mentionne 180 000 dollars. La banque transfère 180 000 dollars. Le fournisseur reçoit 100 000 dollars sur un compte normal, et les 80 000 dollars supplémentaires atterrissent sur un compte offshore contrôlé par l'importateur. Résultat : 80 000 dollars de devises algériennes sortent illégalement du circuit officiel.
La domiciliation avant expédition ne résout pas ce problème à elle seule — elle le rend plus difficile à dissimuler parce que la banque peut maintenant comparer la valeur domiciliée avec les prix de marché connus pour des marchandises similaires.
Variante plus agressive : présenter des documents d'importation pour des marchandises qui n'ont jamais été expédiées. La banque transfère les devises. La marchandise n'existe pas. Les devises disparaissent dans des comptes étrangers. L'obligation de domiciliation avant expédition, combinée au contrôle systématique des dates des titres de transport, rend ce schéma beaucoup plus difficile à monter.
Pratique plus courante et moins frauduleuse dans son intention : un importateur pressé par son fournisseur ou par ses propres impératifs commerciaux autorisait l'expédition avant d'avoir finalisé sa domiciliation bancaire, comptant régulariser après. Cette tolérance de facto est maintenant explicitement fermée : aucune domiciliation rétroactive n'est possible. Soit vous êtes en règle avant l'expédition, soit vous avez un problème.
La Banque d'Algérie n'a pas laissé d'ambiguïté sur les conséquences du non-respect. "Toute infraction sera considérée comme une violation de la législation et de la réglementation des changes." Ce n'est pas une formule de style. Voici ce que ça implique concrètement dans le droit algérien :
Sur le plan douanier : une marchandise arrivée au port sans domiciliation préalable valide peut se retrouver bloquée au niveau des douanes, dans l'impossibilité d'être dédouanée. Des frais de surestarie s'accumulent pendant que vous essayez de régulariser. Dans le pire des cas, la marchandise peut faire l'objet d'une saisie.
Sur le plan pénal : les infractions à la réglementation des changes sont punissables en Algérie par l'ordonnance n°96-22 du 9 juillet 1996 modifiée, qui prévoit des amendes allant jusqu'à plusieurs fois la valeur de l'opération irrégulière, et dans les cas graves, des peines d'emprisonnement. La qualification pénale dépend de l'intention et du montant en cause.
Sur le plan bancaire : une banque qui domicilie une opération sans avoir respecté les nouvelles règles (vérification des dates, contrôle de la surface financière) s'expose elle-même à des sanctions de la Banque d'Algérie. C'est pourquoi les banques vont être systématiquement plus rigoureuses qu'avant — elles n'ont pas le choix.
Ce qui a changé en profondeur, c'est la tolérance implicite du système. Avant mai 2026, il existait des zones grises que les opérateurs et les banques géraient pragmatiquement. Ces zones grises ont été officiellement fermées. Les règles sont désormais les mêmes pour tout le monde — et les banques ne peuvent plus se permettre la bienveillance informelle qu'elles pratiquaient parfois avec leurs bons clients.
Vérifiez immédiatement le statut de vos domiciliations. Si vous avez des commandes pour lesquelles la domiciliation n'est pas encore finalisée et que l'expédition n'a pas encore eu lieu, stoppez l'expédition jusqu'à avoir votre numéro de domiciliation en main. Contactez votre fournisseur maintenant — pas dans 3 jours. Expliquez-lui que vous avez une contrainte réglementaire nouvelle et qu'il doit attendre votre confirmation avant de charger la marchandise.
Les marchandises expédiées avant le 14 mai 2026 ne sont pas concernées par la nouvelle obligation — la clause transitoire de la note vous protège. La date sur votre Bill of Lading ou Airway Bill fait foi. Assurez-vous d'avoir ce document en main pour l'argument douanier si nécessaire.
Ajoutez systématiquement 4 à 6 semaines à vos délais habituels pour intégrer le PPI et la domiciliation. Si vous fonctionniez avec des stocks de sécurité de 6 semaines, passez à 10 ou 12 semaines. Cette recalibration est douloureuse à court terme — elle mobilise du fonds de roulement supplémentaire — mais elle est non négociable si vous voulez éviter des ruptures de stock.
Si votre actif net est inférieur à votre capital social ou si vos fonds propres sont inférieurs à votre volume habituel d'importation en cours, vous avez un problème structurel à régler. Options : augmentation de capital, rétention de bénéfices au lieu de distribution, réévaluation d'actifs si vous êtes propriétaire de locaux. Faites le point avec votre expert-comptable maintenant — pas quand votre banque vous bloque lors de la prochaine domiciliation.
Le plafonnement à 50 % des engagements extérieurs des banques signifie que votre banque habituelle peut atteindre sa limite et ne plus pouvoir émettre de lettres de crédit pour de nouvelles opérations — même si vous êtes un excellent client. Travaillez avec deux ou trois banques différentes pour répartir vos opérations et réduire votre dépendance à un seul établissement.
Vos contrats-cadres avec vos fournisseurs étrangers doivent intégrer explicitement la clause de domiciliation préalable. Le contrat doit stipuler que le fournisseur ne peut expédier qu'après réception d'une confirmation écrite de votre part mentionnant le numéro de domiciliation bancaire. Si votre contrat ne le prévoit pas, un fournisseur qui expédie trop tôt vous met en infraction involontairement.
Pour mesurer l'ampleur du changement, voici la chronologie complète des mesures prises depuis l'été 2025. Chaque mesure prise isolément semblait technique. Mises bout à bout, elles dessinent une stratégie cohérente et progressive de rationnement administratif des sorties de devises :
C'est la question honnête. Et la réponse honnête est qu'elle dépend directement de l'évolution des réserves de change.
Le FMI projette, sans réformes structurelles, une trajectoire des réserves qui descend à 18,6 milliards de dollars d'ici 2030. C'est le scénario catastrophe. Pour éviter ce scénario, l'État a deux outils : développer les exportations hors hydrocarbures (un travail de longue haleine, minimum 5 à 10 ans pour un impact significatif) ou réduire les importations administrativement (ce qui est possible immédiatement mais au coût d'une dislocation des chaînes d'approvisionnement). Il a choisi les deux simultanément, mais le deuxième outil est plus immédiat.
Ces mesures sont probablement durables à l'horizon 3 à 5 ans. Une levée rapide supposerait soit une hausse significative et durable des cours du pétrole et du gaz (scénario improbable à planifier), soit une montée en puissance rapide des exportations hors hydrocarbures qui reconstitue les réserves (scénario optimiste mais long). En attendant, les importateurs algériens vont devoir intégrer ces contraintes comme une donnée permanente de leur environnement opérationnel.
Ce n'est pas une catastrophe pour ceux qui s'y adaptent intelligemment. C'est une sélection naturelle qui va éliminer les opérateurs sous-capitalisés, peu organisés, ou dont le modèle économique reposait sur des pratiques grises. Pour les importateurs sérieux, bien capitalisés, avec des processus rigoureux, ces mesures créent en réalité une forme de barrière à l'entrée qui réduit la concurrence désordonnée.
Oui, sans exception. Peu importe que vous ayez passé la commande avant le 14 mai. Ce qui compte, c'est la date d'expédition physique par le fournisseur. Si votre marchandise n'a pas encore quitté le pays du fournisseur au 14 mai 2026, vous devez avoir votre domiciliation bancaire avant de lui donner le feu vert d'expédier. Il n'y a pas de période de grâce pour les commandes en cours.
Si l'expédition est effective avant le 14 mai (date du Bill of Lading ou Airway Bill antérieure au 14 mai), vous êtes couvert par la clause transitoire. Si elle est postérieure au 14 mai sans domiciliation préalable, vous avez un problème. Contactez immédiatement votre commissionnaire en douane et votre banque. La note prévoit des "cas exceptionnels dûment justifiés et expressément autorisés" — documentez au maximum les circonstances (communication avec le fournisseur, preuve que l'expédition a été faite à son initiative) et soumettez un dossier à la Banque d'Algérie via votre banque domiciliataire. Il n'y a pas de garantie de résultat, mais ne rien faire est la pire option.
À toutes les banques cumulées. L'instruction est explicite : l'encours total non encore réglé, domicilié "auprès de l'ensemble des banques intermédiaires agréées", ne doit pas dépasser 100 % des fonds propres. C'est pour ça que la déclaration d'encours multi-banques est obligatoire avant chaque nouvelle domiciliation — vous devez informer votre banque domiciliataire de vos encours chez les autres banques afin qu'elle puisse calculer le plafond global.
Le PPI est établi par semestre (premier semestre, second semestre). Vous devez donc le renouveler deux fois par an. L'ABEF avait demandé aux banques de transmettre au Ministère un état récapitulatif des opérations traitées au premier semestre 2026 — ce mécanisme de reporting régulier s'inscrit dans la logique de suivi permanent des flux. Anticipez le renouvellement du PPI au moins 3 à 4 semaines avant le début du semestre suivant.
L'actif net, c'est la différence entre la totalité des actifs de votre société (immobilisations, stocks, créances, trésorerie) et la totalité de ses dettes (bancaires, fournisseurs, fiscales, sociales). En comptabilité algérienne, c'est la valeur des capitaux propres qui apparaît au passif de votre bilan. Si votre société a été rentable et a conservé ses bénéfices, l'actif net est supérieur au capital social. Si elle a accumulé des pertes, l'actif net peut être inférieur au capital social — c'est le signe comptable d'une société en difficultés. Votre expert-comptable peut vous calculer ce chiffre en quelques minutes à partir du dernier bilan.
Les importations temporaires (matières premières importées pour être transformées et réexportées, équipements importés sous le régime de l'admission temporaire) suivent leurs propres régimes douaniers et réglementaires. Les nouvelles mesures de la Banque d'Algérie s'appliquent principalement aux "importations de biens" au sens du règlement n°07-01, c'est-à-dire les importations définitives mises à la consommation sur le territoire algérien. Consultez votre commissionnaire en douane pour les cas spécifiques d'admission temporaire ou de transit.
La Banque d'Algérie dispose d'un mécanisme de recours. En cas de refus injustifié de domiciliation, vous pouvez adresser une réclamation formelle à votre banque par écrit, demander une réponse motivée par écrit, puis si insatisfait, saisir la Direction générale des changes de la Banque d'Algérie. Dans les cas d'importance économique significative, des recours auprès du Médiateur bancaire (dont la création était en cours de discussion en 2025-2026) peuvent être envisagés. Documentez tout : chaque échange, chaque refus, chaque demande.
L'effet inflationniste est réel mais ses contours sont débattus parmi les économistes. D'un côté, les délais supplémentaires et les contraintes de financement renchérissent le coût d'importation pour les opérateurs, ce qui peut se répercuter sur les prix finaux. De l'autre, une réduction du volume global des importations peut créer des pénuries sur certains segments, ce qui pousse également les prix à la hausse. Le gouvernement parie sur le fait que la montée en puissance de la production locale compensera progressivement. C'est un pari raisonnable à long terme, mais la transition peut effectivement être douloureuse à court terme pour le consommateur sur certaines catégories de produits.
Ces mesures sont désagréables pour les importateurs à court terme. Elles sont aussi, vues avec un peu de recul, le signe d'une économie qui cherche à rompre avec une addiction de soixante ans aux importations financées par la rente pétrolière.
Les réserves de change algériennes ont été construites sur le pétrole et le gaz. Elles s'érodent parce que le monde consomme moins d'hydrocarbures et que l'Algérie n'a pas encore construit une économie qui exporte autre chose en volume significatif. Le resserrement administratif des importations est une réponse à un symptôme — pas à la maladie de fond. La maladie de fond, c'est la dépendance structurelle à un seul type de recettes.
Mais dans l'intervalle, entre aujourd'hui et le jour où l'industrie algérienne produit suffisamment pour réduire significativement la facture d'importation, ces règles sont là. Elles sont réelles. Et elles seront appliquées.
La bonne nouvelle pour les opérateurs sérieux : elles créent un terrain plus équitable. L'importateur qui respecte les règles, qui a des fonds propres solides, des procédures rigoureuses, et des relations bancaires diversifiées sera moins impacté que celui qui fonctionnait dans les marges grises du système. Dans un marché où beaucoup jouaient avec des règles floues, des règles claires et strictes uniformément appliquées peuvent paradoxalement être un avantage compétitif pour ceux qui s'y adaptent en premier.
Adaptez-vous maintenant. Vos concurrents qui attendent de voir ce qui se passe vous laisseront de l'avance.
Guides pratiques — information vérifiée et mise à jour. Ne remplace pas un avocat, un conseiller fiscal ou un professionnel agréé pour votre situation.

Mehdi Belkacem Chibani est le créateur de DinarSquare, une plateforme d'information et d'outils de calcul pour les Algériens. Développeur et entrepreneur, il se consacre à créer des solutions technologiques innovantes pour faciliter l'accès à l'information économique et financière en Algérie.
Note: Les informations sur DinarSquare sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils financiers, fiscaux ou juridiques professionnels.

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