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Les Enjeux de la Collecte et du Suivi des Données sur les Feux de Forêt
Publié le 29 août 2026
Nous analysons comment la collecte de données sur les feux de forêt peut être complexe, en comparant les rapports officiels aux observations faites par le terrain.
Les Enjeux de la Collecte et du Suivi des Données sur les Feux de Forêt

Le 27 août 2026, le président Tebboune a décrété trois jours de deuil national. Le bilan de la journée, 12 morts, 5 à Jijel, 4 à Béjaïa, 3 à Tizi Ouzou, et 54 blessés à Béjaïa, dont six dans un état grave. Au 28 juillet, la Protection civile avait déjà recensé 1 968 incendies depuis le 8 juillet, tous types de végétation confondus, forêts, maquis, broussailles, cultures, vergers et palmeraies. La vague meurtrière de fin août est distincte et postérieure à ce décompte. Au total, la saison a touché dix-sept wilayas du nord du pays.
Les commissions d'indemnisation de la première vague avaient clôturé leurs travaux le 11 août. Les premières décisions avaient été remises à partir du 18 août. À partir du 26 août, les mêmes wilayas brûlaient à nouveau. L'État intervenait, mais en rattrapage permanent, ce qui n'est pas la même chose qu'une gestion anticipée du risque.
Ce que les chiffres racontent, et ce qu'ils ne disent pas
La série historique est documentée, avec des distinctions méthodologiques qu'il faut garder. En août 2021, les incendies de Kabylie ont causé plus de 90 morts dont 33 militaires, ce bilan correspond à cet épisode précis. Le bilan annuel 2021, lui, atteint 103 décès et plus de 100 000 hectares pour 1 631 départs d'incendie. En 2022, 47 morts et environ 28 000 hectares selon le ministère de l'Intérieur. En 2023, 34 morts et plus de 41 000 hectares selon les mêmes autorités. Le système satellitaire européen EFFIS cartographiait de son côté 73 725 hectares brûlés pour 620 feux, selon une méthodologie différente qui rend les deux séries difficiles à comparer directement. Puis 2024 et 2025, respectivement 3 384 hectares et 732 foyers, puis environ 5 289 hectares, des niveaux exceptionnellement faibles par rapport aux années précédentes, que la DGF a qualifiés de meilleurs résultats depuis l'indépendance. Le bilan surfacique consolidé de la saison 2026 n'était pas disponible au 29 août.
Ce recul de 2024-2025, les autorités l'ont présenté comme la validation des investissements engagés depuis 2021, avions bombardiers d'eau Beriev BE-200, AT-802 de la Protection civile, hélicoptères Mi-26 de l'ANP. Le ministre de l'Agriculture l'avait dit explicitement en annonçant en mars 2026 un dispositif encore renforcé pour l'été, drones, imagerie satellitaire, 497 postes de vigie fixes. Cette lecture peut être juste. Elle peut aussi être un biais d'attribution classique, s'approprier les bonnes saisons, invoquer les conditions météorologiques pour les mauvaises.
Personne ne peut trancher, parce que les données permettant de le faire ne sont pas publiées.
Le problème, ce qu'on ne peut pas mesurer
La saison 2026 a frappé dans un contexte de vague de chaleur sévère, la Protection civile signalait des températures localement au-delà de 47-48°C dans plusieurs wilayas du nord en juillet 2026. Ces conditions ont pu rendre le dispositif inopérant face à des foyers se propageant simultanément dans plusieurs wilayas lors de la vague du 26 août. Mais c'est une hypothèse plausible, pas un fait établi. On ne dispose d'aucune comparaison météorologique systématique entre les saisons 2024, 2025 et 2026, indices de danger incendie, déficit hydrique, vitesse de vent, qui permettrait d'isoler l'effet des conditions climatiques de celui du dispositif de lutte.
C'est là que se situe le nœud du problème, les communications publiques consultées ne fournissent pas de série régulière permettant de suivre les indicateurs opérationnels du dispositif. Temps moyen de première intervention, superficie médiane par foyer, taux de maîtrise dans les 30 premières minutes, nombre de grands feux rapporté au nombre de départs, aucun de ces chiffres ne fait l'objet d'une publication régulière. Sans eux, le débat public oscille indéfiniment entre deux positions également invérifiables, l'État fait ce qu'il peut face à un risque climatique aggravé, ou l'État gère mal un risque pourtant prévisible.
Cette opacité a une conséquence directe sur la décision publique. Si on ne sait pas si les appareils acquis depuis 2021 ont réduit les surfaces brûlées par foyer, on ne peut pas argumenter sérieusement pour ou contre des acquisitions supplémentaires, ni démontrer que les formations, la coordination ou les postes de vigie ont changé quoi que ce soit. Selon une analyse publiée par Akram Kharief le 22 juin 2026, sur les 140 drones annoncés officiellement dans le dispositif national, seulement 35 étaient opérationnels à cette date selon son analyse, 80 autres étant en cours d'acquisition. L'écart entre les annonces et la capacité déployée au 22 juin peut avoir été comblé d'ici fin août, mais on ne le sait pas davantage. Ce type de donnée intermédiaire n'est pas publié.
L'argument budgétaire, dans ses limites
Le PLF 2025 inscrivait 3 349,5 milliards de dinars pour la défense. SIPRI évalue de son côté les dépenses militaires algériennes à 25,4 milliards de dollars en 2025, ce qui place l'Algérie au premier rang africain selon les données de l'institut. Ce sont deux métriques distinctes, crédits budgétaires d'un côté, dépenses effectives mesurées de l'autre, mais elles décrivent la même réalité, une puissance régionale qui consacre des sommes considérables à sa sécurité extérieure.
Le contraste avec les lacunes du dispositif anti-incendie est réel, mais il porte moins loin qu'il n'y paraît. L'Algérie mobilise effectivement des moyens aériens, BE-200, AT-802, hélicoptères Mi-26. Et le problème identifié n'est pas d'abord une question de dotation matérielle insuffisante.
Le délégué national aux risques majeurs Hamid Afra a déclaré en 2024 que tous les feux de forêt en Algérie sont d'origine humaine. C'est une formulation utile pour orienter la prévention et la surveillance. Elle ne dit rien sur la gravité d'un feu une fois parti, un même départ peut rester gérable ou devenir meurtrier selon les conditions de vent, d'humidité et de température. L'origine humaine du déclenchement et le rôle des conditions climatiques dans la propagation coexistent, traiter l'un comme exclusive de l'autre rend l'analyse inexacte.
Le fond du problème n'est donc pas un manque d'avions ni une absence de volonté. C'est que l'Algérie a renforcé ses moyens ces dernières années sans avoir construit le système de mesure qui permettrait de savoir si ces moyens font réellement la différence lors d'une vague simultanée avec des vents violents. La tribune de Kharief le souligne elle-même, l'absence d'indicateurs publics de performance est un angle mort structurel du dispositif.
Ce qu'il faut surveiller
Le bilan surfacique consolidé de la saison 2026, quand la Direction générale des forêts le publiera, permettra de situer cet été dans la trajectoire historique, et de tester, au moins partiellement, si la rupture par rapport à 2024-2025 est réelle ou si ces deux années étaient simplement favorables sur le plan climatique.
Le signal à regarder dans la loi de finances 2027 n'est pas le montant total alloué à la Protection civile. C'est de savoir si une ligne identifiée porte un objectif de capacité opérationnelle, appareils disponibles simultanément, pas simplement commandés, et si les bilans annuels du dispositif commencent à inclure, même partiellement, des indicateurs de performance saisonniers. Tant que cette transparence fait défaut, il sera impossible d'évaluer rationnellement les choix budgétaires, quelle que soit la gravité de la prochaine saison.
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